En intervention à Paris, on me parle souvent de “mites de bois” ou de “larves de mites de bois” dès que quelqu’un trouve un petit ver blanc dans une poutre ou un meuble. En réalité, ce terme n’existe pas dans le jargon pro : ce que vous voyez, ce sont des larves d’insectes xylophages (insectes qui mangent le bois). L’objectif de cet article est simple : vous aider à reconnaître ces larves, comprendre les risques pour votre logement, et savoir quels traitements sont vraiment efficaces… et lesquels sont une perte de temps.
Larves de mites de bois : de quoi parle-t-on vraiment ?
Dans le langage courant, on parle de “mites de bois” par analogie avec les mites vestimentaires. Mais dans le bois, les responsables sont généralement :
- Les vrillettes (petite ou grosse vrillette) : les plus fréquentes dans les meubles, parquets, plinthes, portes anciennes.
- Les capricornes des maisons : plutôt dans les charpentes, poutres, structures porteuses.
- Plus rarement : d’autres coléoptères xylophages suivant le type de bois et l’humidité.
La larve est la phase la plus destructrice de ces insectes. L’adulte ne vit pas longtemps et ne mange quasiment plus, son rôle est surtout de se reproduire. Les dégâts que vous voyez (galeries, trous, bois qui s’effrite) viennent donc des larves, pas des insectes adultes qui volent autour des fenêtres.
À retenir : “larve de mite de bois” = larve d’insecte xylophage. Ça peut sembler du détail, mais pour choisir la bonne méthode de traitement, savoir à qui on a affaire est essentiel.
Comment reconnaître une larve de mite de bois ?
Si vous avez déjà retourné un vieux meuble ou démonté une plinthe et vu un petit ver blanc, vous vous demandez sans doute : est-ce grave ? Voici les signes concrets à observer.
Aspect de la larve :
- Couleur : blanc crème à blanc jaunâtre.
- Forme : corps courbé en “C”, segmenté, un peu épaissi au niveau de la tête.
- Taille : de 2–3 mm (vrillettes) jusqu’à plus d’1 cm pour certains capricornes.
- Tête : brunâtre, avec de petites mandibules (crocs) qui rongent le bois.
On les voit rarement à l’air libre. La plupart du temps, elles restent à l’intérieur des galeries et ne sortent qu’à la fin de leur développement, lorsqu’elles se transforment en adultes.
Signes indirects dans le bois :
- Petits trous ronds à la surface (1 à 3 mm) : ce sont les trous de sortie des insectes adultes.
- Poussière de bois (vermoulure) en dessous ou dans les fissures : comme de la farine ou du talc, parfois en petits tas.
- Bois qui sonne creux quand on tape dessus : les galeries ont vidé l’intérieur.
- Bois qui s’effrite facilement au tournevis : vous enfoncez la lame anormalement sans forcer.
Certains clients à Paris me disent aussi entendre de petits “tac tac” dans les poutres la nuit. Ce n’est pas une légende urbaine : certaines espèces de vrillettes produisent effectivement un bruit de tic-tac en tapant la tête ou les mandibules contre le bois.
Faire la différence avec d’autres nuisibles
Avant de traiter, il faut être sûr qu’on a bien affaire à des insectes xylophages et pas à autre chose. Sinon, vous pouvez dépenser beaucoup pour un résultat nul.
Larves de mites textiles ou alimentaires :
- Se trouvent dans les vêtements, tapis, placards, aliments, pas dans le bois.
- Pas de trous ronds dans le bois, pas de vermoulure.
- Présence de toiles, cocons, petits fils dans les tissus ou emballages.
Termites :
- Attaquent aussi le bois, mais le fonctionnement est différent (colonies souterraines).
- Galeries souvent cachées, restes d’une fine pellicule en surface.
- Présence de “cordonnets” terreux, zones creuses mais peu de vermoulure visible.
- Infestations rares à Paris intramuros, plus fréquentes dans certaines régions, mais à ne pas exclure en maison individuelle ou banlieue.
Fourmis charpentières :
- Creusent le bois pour y faire leur nid, mais ne se nourrissent pas du bois.
- Présence de fourmis vivantes, sciure plus grossière, morceaux de bois, pas de vermoulure fine.
Si vous hésitez, prenez des photos nettes des larves, des trous et de la poussière de bois, et faites-les évaluer par un pro. Un simple coup d’œil permet souvent de trancher et d’éviter un mauvais diagnostic.
Les dégâts typiques dans une habitation
En appartement parisien, on voit surtout des attaques sur :
- Meubles anciens (buffets, lits, commodes, secrétaires).
- Parquets massifs, lames anciennes.
- Plinthes, encadrements de portes et fenêtres.
- Poutres apparentes dans les appartements rénovés type loft.
En maison ou en dernier étage sous combles, les larves de capricornes peuvent toucher :
- Charpente (chevrons, pannes, fermes).
- Solivages (bois qui supportent les planchers).
- Escaliers en bois massif, rampes, garde-corps.
Un exemple concret : dans un duplex du 11e, une cliente m’appelle pour quelques “trous de vers” sur un escalier. En réalité, une grande partie des marches étaient creusées à cœur, seules 3–4 mm de surface tenaient encore. Sans traitement, on se dirigeait vers un danger réel de rupture d’escalier dans les années à venir.
C’est là le principal problème des larves de xylophages : on sous-estime souvent leur capacité à fragiliser la structure. Visuellement, ça peut sembler anodin, alors que mécaniquement, le bois n’assure plus sa fonction.
Que faire dès les premiers signes ?
Si vous voyez des larves ou des trous suspects, l’objectif est d’abord de faire un état des lieux avant de foncer acheter un produit miracle en grande surface.
Étape 1 : localiser précisément les zones touchées
- Inspectez tous les bois visibles : meubles, plinthes, poutres, escaliers, encadrements.
- Recherchez vermoulure fraîche : poussière fine, claire, qui retombe régulièrement malgré le ménage.
- Notez les pièces concernées et l’étendue approximative (1 meuble ? plusieurs murs ? toute une pièce ?).
Étape 2 : tester la solidité du bois
- Tapez doucement avec le dos d’un tournevis : un son creux est mauvais signe.
- Piquez avec un tournevis fin : si le bois s’enfonce anormalement, il est vermoulu à l’intérieur.
Étape 3 : vérifier les conditions favorables
- Humidité : fuites, pièces mal ventilées, murs froids, condensation.
- Bois non traité ou ancien, jamais protégé (lasure, vernis, traitement fongicide/insecticide).
À ce stade, vous avez une idée de la situation : petit foyer localisé (un meuble, un coin de plinthe) ou infestation plus étendue. C’est ce qui va orienter la suite : traitement ponctuel que vous pouvez gérer vous-même ou intervention professionnelle plus structurée.
Les traitements possibles contre les larves de mites de bois
On peut diviser les traitements en deux grandes catégories : curatifs (on traite une attaque existante) et préventifs (on protège un bois sain ou assaini). Le choix dépend du niveau d’attaque et du type de bois touché.
1. Traitements curatifs chimiques (insecticides xylophages)
Ce sont les plus utilisés, notamment pour les charpentes et les grandes surfaces de bois. Un pro va typiquement :
- Dégarnir les surfaces (dépose de caches, lambris si nécessaire).
- Brosser et dépoussiérer le bois pour ouvrir les pores.
- Réaliser un traitement de surface par pulvérisation ou badigeonnage.
- Compléter par une injection en profondeur (perçage de trous à intervalles réguliers, puis injection d’insecticide sous pression).
Les produits pros pénètrent profondément et restent actifs plusieurs années, ce qui permet de tuer les larves encore dans le bois et de protéger contre une nouvelle infestation. Attention : les bombes “spécial vers du bois” de grande surface ont souvent un effet très superficiel, suffisant pour un petit meuble, pas pour une poutre ou un escalier.
2. Traitement thermique (choc thermique)
Dans certains cas (meubles de valeur, boiseries difficilement traitables chimiquement), on peut utiliser la chaleur :
- Mise en étuve contrôlée (en atelier spécialisé).
- Montée en température du bois à un niveau létal pour les larves (en général autour de 55–60°C au cœur du bois, maintenu un certain temps).
Avantage : pas de chimie résiduelle. Inconvénient : difficile à appliquer sur une charpente entière et coûteux, plutôt réservé à des cas spécifiques.
3. Gazage (fumigation)
Très rare en milieu résidentiel, et fortement encadré. Utilisé plutôt pour des œuvres, des stocks, ou de gros volumes, avec des contraintes de sécurité importantes (locaux vidés, confinement total, produits très réglementés).
4. Traitements maison : quand sont-ils acceptables ?
Pour un petit meuble isolé (chaise, table, petit buffet), vous pouvez :
- Poncer légèrement les zones attaquées.
- Appliquer un produit xylophage de bonne qualité au pinceau, en couches généreuses.
- Répéter après séchage, puis finir par une protection (vernis, cire, peinture).
Pour tout ce qui touche à la structure du bâtiment (poutres, escaliers, charpentes, solivage), l’intervention d’un pro est vivement recommandée, ne serait-ce que pour vérifier la solidité et adapter la méthode.
Prévenir une nouvelle infestation de larves de mites de bois
Un traitement réussi ne suffit pas si les conditions qui ont permis l’attaque restent en place. Les xylophages sont attirés par :
- Bois tendre, brut, non protégé.
- Humidité excessive (fuites, remontées capillaires, ventilation insuffisante).
- Vieux meubles stockés dans des caves ou greniers humides.
Les bons réflexes :
- Traiter préventivement les bois neufs ou remis à nu (produit fongicide + insecticide).
- Assurer une bonne ventilation des pièces, surtout pièces humides ou peu chauffées.
- Réparer rapidement toute fuite d’eau (toiture, joints, canalisations).
- Éviter de stocker des meubles en bois non traités dans des caves très humides.
Sur un chantier de rénovation, je conseille systématiquement de profiter des bois accessibles (charpente apparente, planchers découverts) pour les traiter préventivement. Le coût est bien plus faible qu’un traitement curatif quelques années plus tard.
Tarifs : combien coûte un traitement contre les larves de mites de bois ?
Les prix varient en fonction de :
- La surface de bois à traiter (et non la surface au sol de l’appartement).
- L’accessibilité (combles aménagés ou non, hauteur, démontage nécessaire).
- Le niveau d’attaque (simple traitement de surface ou injection obligatoire).
- Le type de bâtiment (maison individuelle, appartement, copropriété).
À titre indicatif, en région parisienne, pour un traitement professionnel d’insectes xylophages, on peut voir :
- Traitement de charpente par injection + pulvérisation : en général entre 8 et 20 € HT / m² de surface de bois à traiter.
- Petit volume (quelques poutres, escalier, boiseries) : souvent des forfaits, à partir de 400–600 € TTC, et ça peut monter au-delà de 1500 € si la surface est importante.
- Traitement d’un appartement avec poutres apparentes et parquets anciens : typiquement entre 700 et 2500 € TTC selon l’état et l’accessibilité.
Un devis sérieux doit mentionner :
- Le type d’insecte suspecté (vrillette, capricorne, autre).
- Les surfaces de bois traitées.
- La méthode (pulvérisation seule, ou pulvérisation + injection).
- Le type de produit utilisé (insecticide xylophage, norme, durée d’efficacité).
- La durée de garantie (souvent 5 à 10 ans pour les charpentes bien traitées).
Si un devis est anormalement bas sans détailler la méthode, méfiance. À l’inverse, un prix très élevé sans justification technique ou métrage précis n’est pas rassurant non plus.
Faut-il toujours faire appel à un professionnel ?
Pas forcément. Voici un repère simple, basé sur ce que je vois au quotidien.
Vous pouvez gérer seul si :
- L’attaque est limitée à un ou deux meubles isolés.
- Le bois n’a pas de rôle structurel (pas de risque de chute ou d’affaissement).
- Vous êtes prêt à suivre scrupuleusement les consignes du produit (EPI, aération, temps de séchage).
Un professionnel est fortement recommandé si :
- Des poutres, escaliers, charpentes ou planchers sont touchés.
- Vous avez des doutes sur la solidité du bois.
- La vermoulure revient malgré des traitements “maison”.
- Vous êtes en copropriété et que des éléments communs sont concernés.
En région parisienne, un technicien habitué aux bâtiments anciens saura aussi vous dire si les dégâts sont purement esthétiques ou s’il y a un risque réel pour la structure. C’est ce genre de diagnostic qui évite à la fois la panique inutile et la sous-évaluation d’un problème sérieux.
Erreurs fréquentes à éviter
Sur ce type de nuisible, je retrouve souvent les mêmes erreurs chez les particuliers :
- Se contenter de reboucher les trous (mastic, pâte à bois, peinture) sans traiter en profondeur : c’est du camouflage, les larves continuent de manger derrière.
- Appliquer un produit en surface sur un bois très vermoulu : si le cœur est creusé, le produit n’y arrive pas, l’efficacité est limitée.
- Remettre immédiatement un vernis ou une peinture épaisse après un traitement : certains produits ont besoin de pénétrer et de respirer avant d’être recouverts.
- Ignorer la source d’humidité : fuites non réparées, mauvaise ventilation, pièces toujours froides, etc.
- Confondre poussière de plâtre et vermoulure : la vermoulure est souvent plus granuleuse, couleur bois, et réapparaît après nettoyage si les insectes sont actifs.
- Utiliser n’importe quel produit “anti-bestioles” trouvé en ligne
Pour choisir un produit sérieux, vérifiez qu’il s’agit d’un insecticide xylophage spécifique, avec désignation claire des insectes cibles (vrillettes, capricornes, lyctus, etc.) et des normes associées.
En résumé : les bons réflexes pour protéger votre bois
Les larves de ce qu’on appelle à tort “mites de bois” sont souvent discrètes, mais leurs dégâts peuvent être importants si on laisse traîner. Pour garder le contrôle :
- Identifiez précisément les signes : trous ronds, vermoulure fine, bois qui sonne creux, larves blanches en C.
- Faites la différence avec d’autres nuisibles (mites textiles, termites, fourmis).
- Évaluez l’ampleur : meuble isolé ou éléments structurels (poutres, escaliers, charpente).
- Traitez sérieusement les bois touchés, avec des produits xylophages adaptés et, si besoin, par injection.
- Agissez sur l’environnement : humidité, ventilation, protection des bois.
- N’hésitez pas à demander un diagnostic professionnel dès que la structure du bâtiment est en jeu.
Un traitement bien mené et un minimum de prévention suffisent généralement à éradiquer ces larves et à protéger durablement votre logement. L’important, c’est de ne pas fermer les yeux sur les signaux faibles : quelques petits trous aujourd’hui peuvent éviter un gros chantier demain si vous réagissez à temps.
